Parmi les précieuses richesses de notre terroir, le sel est une ressource dont nous entendons peu parler — mais qui, plusieurs siècles auparavant, possédait une valeur quasiment aussi précieuse que l’or.
Un océan disparu
Il y a plus de 200 millions d’années, des mouvements de plaques tectoniques et un changement climatique ont fait disparaître l’océan primitif qui couvrait nos montagnes. En s’asséchant, il a laissé en profondeur une couche de sel pur, préservée des effets de l’environnement.
Par la suite, l’infiltration d’eaux souterraines a entraîné la formation de saumures et de sources salées émergentes, qui à la surface laissent des traces blanches après évaporation.
De Tisrarine à Sidi Ali, les salines du Haut Atlas conjuguent la beauté de leurs bassins en terrasses et de leurs cristaux de sel neigeux à une histoire séculaire — leur blanc immaculé contraste de façon éblouissante avec les sommets ocre du Haut Atlas.
Sur la route de Tombouctou
L’histoire de la route du sel s’écrivait bien au-delà de nos frontières. En 1875, le botaniste allemand Matthias Jacob Schleiden racontait dans son livre Salz :
Les caravanes — ou Kasilas — venant du Maroc sont composées généralement de 1 000 à 2 000 chameaux et jusqu’à 150 hommes. Souvent, plusieurs Kasilas s’unissent et forment ensuite un Akabar. Sur leur route vers le sud, ils chargent du sel pur dans des salines et mines, généralement contre paiement et taxes d’exportation, pour l’amener à Tombouctou, où le sel est devenu l’un des plus importants articles de troc avec l’or, tout au long du Niger, et même reconnu comme valeur sûre dans de nombreuses régions de l’Afrique de l’Ouest.
Schleiden nous apprend également que l’historien grec Hérodote avait révélé, 500 ans avant notre ère, l’existence de gisements de sel en Afrique du Nord. D’ouest en est, le sel était un véritable objet commercial — l’arrivée d’une telle caravane dans des pays fertiles, mais pauvres en sel, provoquait une véritable effervescence.
Signe que l’importance vitale du sel était connue depuis l’Antiquité.
La technique d’extraction
Pour amener l’eau jusqu’aux bassins depuis ces profondes vallées souvent d’accès difficile, on utilise des tuyaux d’eau et parfois une pompe — notamment pour éviter une évaporation prématurée. Des bassins de filtrage disposés en amont assurent le nettoyage de l’eau des résidus de sable et de boue.
L’eau fortement salée, ainsi purifiée, est dirigée vers des bassins situés plus bas. Au fur et à mesure que l’évaporation avance, des cristaux de sel se forment, qu’on récolte à l’aide de grosses spatules en bois dans des paniers. L’eau qui ne s’est pas complètement évaporée s’écoule durant le transport.
Le séchage est finalisé par le soleil, en attendant que le sel soit mis dans de grands sacs — pour la vente sur les marchés locaux ou pour le traitement industriel.
Les salines se travaillent et se visitent entre avril et septembre, lorsque l’ensoleillement est assez intense pour garantir une évaporation rapide de l’eau.